Louis DEMOLEON : « Pour moi, la mentalité à avoir c’est de viser toujours plus… »

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Né à Paris d’une mère réunionnaise et d’un père martiniquais, Louis DEMOLEON, grandira sur l’île de la Réunion entre ses 5 ans et ses 15 ans. Après avoir essayé plusieurs sports, il a choisi le football à l’âge de 5 ans pour ne plus jamais le quitter. Aujourd’hui âgé de 21 ans, il évolue aujourd’hui sous les couleurs de l’ASD ROTONDA en Italie. Ensemble, nous sommes revenus sur les étapes qui l’ont emmené à signer son premier contrat professionnel.

Louis, parle-nous de tes débuts en tant que jeune.

Je n’ai pas été recruté par un centre de formation comme cela se fait d’habitude à l’âge de 15 ans. Je suis passé en région parisienne au CS Brétigny où j’ai fait la section sportive au collège et au lycée. J’étais à l’internat pour le sport étude, le week-end je jouais avec le club avec les U17. On jouait contre les 17 ans nationaux de clubs qui avaient des structures professionnelles comme le Stade de Reims, Strasbourg… C’était aussi un bon moyen pour se faire remarquer par les clubs pros. C’est d’ailleurs à la suite de cela que j’ai été repéré par le Football Club des Girondins de Bordeaux. Ils m’ont proposé un essai, vers la fin de ma seconde en avril. J’ai fait un essai de deux jours, ça s’est bien passé, j’ai signé pour la rentrée d’après.

Ton contrat est signé mais les choses ne vont pas se passer comme prévu pour toi.

Après avoir fait l’essai avec Bordeaux et signé mon contrat, je finis ma saison avec le CS Brétigny. Au dernier match, je me fais une fracture du tibia péroné, c’était le gros choc. Bordeaux a quand même accepté de me prendre, je me suis fait opérer. Je suis arrivé en juillet blessé dans mon nouveau club. J’ai été en soin toute l’année, j’ai raté toute la première saison. J’avais signé deux ans, l’année d’après je rate les deux ou trois premiers mois pour rattraper mon retard physiquement. J’arrive ensuite dans le groupe des U19 et je reprends. Je n’ai pas joué beaucoup à Bordeaux à cause de cette blessure. J’ai quitté le club à l’âge de 18 ans.

Au final ton passage dans ce club aura été très rapide, qu’est ce que tu en gardes comme souvenir ?

Ça m’a énormément servi car ça a toujours été mon rêve d’aller en centre de formation. On y est mieux formé à la vie de professionnel qu’en club amateur. Dès qu’ils m’ont dit qu’ils me prenaient, je n’ai pas hésité car je savais que j’allais récupérer plus vite de ma blessure. À Bordeaux, il y avait un staff médical à disposition ce qui n’est pas le cas en club amateur. J’ai aussi suivi beaucoup entraînements à Bordeaux, même en ne jouant pas souvent le weekend, j’ai énormément appris pendant la semaine. Je me suis aussi familiarisé avec le rythme de vie qui est vraiment celui qu’il faut avoir quand on est professionnel. C’est tout ça que je retiens de ce club.

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On se dit quoi quand on passe deux ans dans un centre de formation et qu’il n’y a pas de contrat pro à la clé ?

Je n’ai jamais lâché, je ne me suis jamais dit que je n’allais pas signer de contrat professionnel. Ils se sont passé plusieurs choses qui ont fait que je ne me suis jamais découragé. Généralement en centre de formation, quand un joueur n’a pas beaucoup de temps de jeu, qu’il est blessé, qu’il n’a pas eu sa chance, le club propose encore un an de contrat. Même en étant blessé je savais que ça allait arriver pour moi donc j’ai gardé la tête sur les épaules, je n’ai rien lâché. Au moment des décisions en fin de saison vers le mois de mai en général, on te dit si tu restes ou non. On ne m’a pas dit qu’on ne voulait pas me garder. Ils m’ont fait comprendre qu’ils ne comptaient pas sur moi, que ça allait être difficile vu que j’avais raté un an, qu’il y avait des joueurs plus prêts physiquement que moi. Ça aussi ça a été une autre motivation pour moi d’aller réussir ailleurs qu’à bordeaux et de leur montrer qu’ils auraient eu tort.

Motivé, tu poursuis donc ta route qui te conduira en Italie.

Je suis arrivé en Italie (2016) grâce à un agent à qui j’avais dit que je voulais partir à l’étranger. Il m’a trouvé un club en Italie, Vicenza où je fais une saison avec la réserve, je ne suis pas encore pro. Quand j’arrive en réserve, c’était encore avec les jeunes mais il y avait déjà un petit changement au niveau du travail. Il y avait beaucoup plus de travaux tactiques, les entraînements étaient plus longs. En France, les entrainement étaient plus cours, plus intenses, plus réfléchis et basés sur de la technique. Je fais deux saisons avec ce club mais la deuxième saison, ils ne voulaient pas me garder avec la réserve. Ils voulaient me faire jouer avec les seniors, ils m’ont donc envoyé en prêt dans un autre club : Agnone.

À Agnone tu continues ta découverte du championnat italien et de ses exigences.

Oui c’est l’année où j’ai vraiment découvert ce championnat. J’étais en 4ème division, en séniors et j’avais le statut de semi-professionnel. Je commençais vraiment à rentrer dans le monde des grands, j’avais 19 ans mais il fallait que je m’adapte. Quand tu es jeune, tu es en réserve, tu joues au foot mais tu peux arrêter l’année d’après ou faire des études. Les joueurs de ce championnat, on sentait que c’était leur travail, ce n’était pas le même enjeu. Il y avait un autre engouement. J’ai découvert le monde des grands en série D. En France, tu joues en CFA/Nationale 2, il n’y a pas beaucoup de monde au stade. Ici, en 4ème division, il y a beaucoup de personnes qui viennent au stade regarder les matchs. Tu as des clubs de 4ème division qui évoluent tous les weekends devant 5000 personnes, c’est top. Ça a été un bon passage pour moi.

L’ascension se poursuit donc pour toi. Deux saisons après Bordeaux, tu finis par signer ton premier contrat professionnel, en 2017.

C’était le fruit d’une très bonne première saison dans le monde des grands que j’ai bien géré. Suite à ça, un club de série C, Prato, s’est présenté et m’a proposé un contrat professionnel. Mais ça n’a pas changé grand-chose à ma vie. C’est seulement le statut qui a changé parce que je me sentais déjà pro depuis mon passage en série D. Je me consacrais déjà entièrement au foot à ce moment-là, j’ai fini l’école après mon bac donc je jouais au foot et je vivais du football. J’étais vraiment dans une dynamique professionnelle, quand j’ai signé ce premier contrat j’étais hyper fier. Depuis tout petit je disais « je veux être footballeur professionnel, je veux être footballeur professionnel ! » (rire) donc c’est une grande fierté. Mais ça n’a pas changé mon comportement sur ou en dehors du terrain.

Et encore une fois, alors que tu penses toucher du doigt l’objectif, rien ne se passe comme prévu pour toi.

Durant ma première année chez les pros, j’étais encore jeune. En plus, je suis défenseur central donc c’est un poste qui demande beaucoup d’expérience. Je savais que je n’allais pas avoir énormément de temps de jeu au début, je l’ai accepté. À l’entame de ma deuxième saison avec A.C Prato, un nouvel entraîneur est arrivé. Durant la préparation, j’ai clairement compris que je n’allais pas du tout jouer. J’ai préféré prendre sur moi, résilier mon contrat et aller prendre du temps de jeu ailleurs à Virtus Francavilla (série C).

Pourtant tu ne resteras que six mois à V. Francavilla.

J’y ai signé au mercato d’hiver (janvier 2018). Je savais là aussi que ça allait être compliqué d’avoir du temps de jeu au départ mais c’était quand même difficile pour moi. Alors j’ai finalement résilié mon contrat cet été (août 2018) et je suis parti chercher du temps de jeu à l’ASD Rotonda (série D). C’est un club un peu plus amateur que ce à quoi je m’attendais mais l’essentiel c’est que j’ai du temps de jeu.

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Pourquoi ne pas avoir attendu ton tour dans ces clubs, tu n’es pas trop jeune pour penser à aller chercher un autre défi aussi rapidement ?

Justement je suis jeune, je n’ai pas cette contrainte de devoir me poser quelque part. Je me dis que je prends ce qui vient, j’ai beaucoup à découvrir, à apprendre et à faire. Je n’ai pas peur de bouger, jusqu’à maintenant ça à porter ses fruits. J’ai déjà cette expérience pour moi car j’ai eu ma blessure, j’ai été à l’étranger ça s’est très bien passé. C’est pour ça que je n’ai pas peur de partir à nouveau. Même si je pourrais très bien vivre toute ma vie en Italie, en Série D ou C mais ce n’est pas mon but. Pour moi la mentalité à avoir c’est de viser toujours plus, si tu n’y arrives pas tu sais que tu auras tout donné.

Quel serait ton conseil pour un joueur qui souhaite se lancer dans cette aventure ?

Il faut qu’il y croie, qu’il soit en mesure de tout donner pour réaliser son rêve car il n’aura pas toujours le soutien de son entourage. C’est là que ça devient important le mental et de croire en soi. Moi par exemple, même si ma famille a toujours été là derrière moi j’ai connu des moments difficiles, des entraîneurs ou des coéquipiers qui essayaient de me dire que je n’allais pas y arriver. Si toi tu n’y crois pas à ce moment, tu leur donneras raison. Il faut aussi garder en tête que le football ce n’est pas fait pour tout le monde, que parfois on n’a pas la chance d’y arriver… Il faut aussi prévoir un plan B, au cas où…


 

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