JORDAN TELL : “Mentalement il faut être prêt…”

Jordan TELL est un joueur de football professionnel qui évolue actuellement au Grenoble Foot 38. Passé par la Solidarité Scolaire de Baie Mahaut, il a baigné dans le foot depuis petit aux côtés de sa famille en Guadeloupe. C’est au CREPS que les choses se concrétisent pour lui, s’ensuivent alors ses premiers tournois de football avec la sélection de Guadeloupe. Sélection qui avait alors un partenariat avec le Stade Malherbe de Caen. Après avoir joué la Coupe Nationale avec la Guadeloupe, il est repéré par Caen avec qui il signe un pré contrat. C’est ainsi que commence son aventure au plus haut niveau du foot français. Au cours de cet entretien, nous revenons sur son parcours qui n’a pas été des plus simples. 

Jordan, comment se sont passée tes années de formation au Stade Malherbe de Caen ? 

Ça s’est très bien passé, j’ai fait 3 années de contrat aspirant. J’intègre les U17 Nationaux quand j’arrive, je rencontre des équipes comme le PSG ou le Havre. Je découvre ça avec des grands yeux, j’essaye de faire ma place petit à petit. Je me bats pour pouvoir être dans le meilleur championnat. Ensuite je signe mon contrat stagiaire d’une durée de deux ans, je fais toutes mes classes en 19 nationaux. J’intègre ensuite la réserve du Stade Malherbe, une très bonne intégration avec des Guadeloupéens déjà présents là-bas comme Thomas LEMAR et Jordan LEBORGNE que je croise au centre de formation. Moi j’arrive avec Kevin LUBIN qui malheureusement n’a pas poursuivi le foot. La dernière année, je m’accroche et il y a un blessé chez les pros, le coach fait appel à moi je fais les deux derniers mois de la saison avec les pros et on termine la saison en se maintenant au parc des Princes face à paris ça fait partie des meilleurs moments de ma carrière. Après avoir fait mes preuves, le club souhaitait me faire signer mon premier contrat professionnel, mais je ne le signe pas avec Caen. Je signe pro à rennes durant l’été qui suit. 

Pourquoi avoir fait ce choix de partir à Rennes et signer ton contrat pro là-bas ? 

J’ai choisi le Stade Rennais parce que c’est un club qui attire tout jeune joueur. Au niveau du contrat, c’était plus intéressant pour moi avec une proposition de 3 ans. C’était une longue durée qui me permettait de continuer sereinement mon début de carrière pro. Caen me proposait un contrat moins long. J’ai préféré m’installer dans un club un peu plus huppé en France plutôt que de continuer avec mon club formateur. 

Tu pars donc à Rennes pour trouver de la stabilité, mais tu es prêté peu de temps après ton arrivée, pourquoi ?  

C’est exactement ça je pars à Rennes pour trouver de la stabilité en signant 3 ans ça se passe bien au début. Je marque mon premier but en Ligue 1 pour le premier match de championnat. Ensuite je fais les 6 premiers mois de championnat avec le club qui a beaucoup d’ambition. On était mal classé, je jouais un peu moins. Je me fais prêter pour la deuxième partie de saison à Valencienne afin de jouer et gagner un peu en maturité. J’emmagasine du temps jeu sans pour autant me faire une place. Dans le même temps, j’ai une sélection de jeune avec l’Équipe de France, ça me maintient un peu au niveau. Mais je n’ai mis qu’un but lors de ce prêt donc c’était un peu compliqué. 

À ton retour à Rennes tu es de nouveau prêté à Orléans cette fois. Était-ce ton choix ? 

Oui le joueur est libre de faire ce qu’il veut et moi à ce niveau-là, je pensais qu’il me fallait faire une année en ligue 2 pour pouvoir m’aguerrir. Le coach me l’a fait comprendre aussi puisque le club allait jouer une coupe d’Europe. Je me disais que je n’avais pas encore  assez joué pour prétendre à ce genre de compétition. Je suis arrivé à Orléans j’ai fait une superbe première partie de saison avec 10 buts toutes compétitions confondues. Le club faisait aussi une belle saison avec un beau parcours en coupe de la Ligue que je joue. On a aussi joué un quart de finale en coupe de France contre Renne, match auquel je n’ai pas participé, car je me suis blessé. Cette blessure m’a handicapé, j’ai dû repartir à Rennes pour me soigner et penser à la suite de ma carrière. Même si elle se termine mal à cause de cette blessure, cette saison-là est pour le moment, l’une de mes saisons les plus abouties. 

Là encore tu décides de repartir en prêt, au Stade Malherbe de Caen ton club formateur.

Encore une fois, je n’ai pas fait la deuxième moitié de saison que je souhaitais en prêt. De son côté, le Stade Rennais a encore pris de l’ambition et changé de statut. C’était compliqué pour moi de revenir et de me faire une place. En plus, j’avais toujours la blessure contractée à Orléans qui trainait. Je voulais absolument me faire une place et je me blesse à nouveau. Je fais tout pour revenir à mon meilleur niveau assez rapidement, c’est à ce moment-là que je repars en prêt à Caen dans mon club formateur. J’y retourne pour évoluer avec le groupe pro et j’ai encore cette blessure qui traine. J’ai dû me faire opérer en arrivant à Caen. C’est une situation difficile pour moi, car j’arrive, j’étais prêté, il y avait beaucoup d’attente. La chance que j’avais, c’est que je connaissais déjà les docteurs et quelques personnes qui étaient déjà là lors de mon premier passage au club. Ça m’a un peu rassuré, j’ai pu faire ce qu’il fallait pour me faire opérer rapidement et revenir à mon meilleur niveau. Mais après tout ça, le covid arrive et je ne termine pas la saison avec Caen.

Comment vis-tu le fait de retourner en prêt à Caen, club que tu avais quitté pour aller t’imposer ailleurs ? 

Je le vis bien, je n’avais pas honte à l’idée de retourner là-bas, bien au contraire. J’avais envie de montrer ce que j’avais appris depuis mon départ. Ça n’a pas pu se concrétiser comme je voulais, j’ai eu beaucoup d’embuches dans mon parcours. Mais je l’ai bien vécu, c’est dommage que ça  ne ce soit pas bien passé à cause de ma blessure et du covid. 

C’est finalement au Clermont Foot que tu trouves la stabilité recherchée. Parle-nous de ton passage dans ce club.

Oui, au début je suis parti pour jouer, mais j’ai eu une petite blessure encore qui me freine un mois et qui me coute la place entre guillemet. Mais j’ai une certaine régularité, je participe à 34 matchs dans la saison, ce qui est plutôt bien même si je ne suis pas titulaire à tous les matchs. Je suis tout le temps là, je réponds présent, je marque quelques buts et la cerise sur le gâteau : on monte en ligue 1 avec le club. C’est historique et je suis content d’avoir fait partie de ça, c’est le deuxième moment marquant de ma carrière. Vivre une montée historique avec Clermont, personne n’était prêt à ça et le vivre, c’est quelque chose d’exceptionnel. 

Alors pourquoi es-tu parti récemment à Grenoble ? 

Le foot, ce n’est jamais simple même quand on pense que ça va parfois… J’avais marqué il n’y a pas si longtemps contre Rennes. Mais le club m’avait déjà fait part de son envie de recruter d’autre joueur et ne me voulait plus clairement. Il fallait que je trouve un autre point de chute pour pouvoir jouer sinon je serai resté sur le banc. J’aurais perdu un peu du temps. C’est pour toutes ces raisons que j’ai choisi de rejoindre Grenoble qui m’a accueilli dans le projet. Je suis là pour an et demi, c’est pour jouer un peu plus. Je ne dis pas que ça va être facile, ce n’est jamais simple dans le foot, mais je vais être là, je vais m’accrocher jusqu’à la fin. Ça va être un challenge intéressant, le club a besoin de se sauver donc il faut faire les choses correctement. Je veux vivre l’instant présent et ne pas trop me projeter sur les autres années de ma carrière.

As-tu essayé de rester en Ligue 1 ? 

Je n’avais pas assez joué pour avoir des stats et intéresser les clubs de Ligue 1, même si j’ai prouvé que je pouvais y jouer. C’est comme ça, c’est reculer pour  mieux sauter peut être qui sait. Là, je suis à Grenoble, l’an dernier le club a fini 4 et a joué les play-off pour la montée en L1. Cette année, c’est plus compliqué, mais on ne sait pas à voir sur les années à venir, tout est possible. Je suis content d’être là et je vais tout faire pour maintenir le club à la fin de saison et les années à venir. 

À 24 ans tu as connu 6 clubs, t’inscris-tu dans le plan que tu t’étais imaginé au début de ta carrière ? 

C’est sûr que quand on commence une carrière on essaye de faire le moins de clubs possible. Je n’étais pas parti pour ça, ce sont les aléas de la vie, c’est le sport qui est comme ça. Il faut toujours trouver du bon partout où on va et c’est ça qui me forgera pour la suite de ma carrière. J’ai été prêté à plusieurs reprises, ça ne me donnait pas trop de crédibilité entre guillemet pour m’installer durablement dans un club. J’ai eu un parcours avec beaucoup de complications, il faudrait que je sois plus régulier, que je marque des buts. À mon post, c’est ce qui va me permettre de me distinguer. Dès que ces deux choses-là seront réunies, je pense que je pourrai être plus serein et plus libéré dans ma tête. C’est à partir de là que je pourrais dire que ma carrière prendra son envole

Un petit point sélection, tu as connu des sélections de jeunes en Équipe de France. Prochaine étape les Gwada Boys ? 

Je garde un bon souvenir des sélections de jeunes, j’y ai côtoyé de très grands joueurs qui évoluent dans de grands championnats européens actuellement. J’ai gagné des tournois avec ces sélections, j’ai fini meilleur buteur dans un tournoi, j’ai fait des tours de qualification pour des compétitions européennes. À l’échelle nationale, ça me permettait de m’évader quand j’étais en club et de faire gonfler mes stats avec l’équipe de France et porte le maillot. Ce ne sont que des bons souvenirs. La Guadeloupe, je garde toujours un œil dessus, j’ai des amis qui y jouent, je suis toujours ce qu’ils font. Les compétitions tombent toujours à une période délicate pour nous joueurs pros, c’est compliqué de se libérer selon nos calendriers en club. Je pense que la priorité pour tout joueur, c’est de se montrer en club et après les sélections suivent. Il faut être bien installé dans son club pour pouvoir prétendre partir en section. 

Pour finir, quel serait ton conseil pour un joueur qui souhaite se lancer dans cette aventure ? 

Il faut travailler, ne jamais cesser de travailler, c’est comme ça que les efforts paient, ce ne sont pas des paroles en l’air, c’est véridique. C’est sûr qu’il y a des moments difficiles à passer, il y a des moments où on apprécie moins ce qu’on peut nous dire, mais ce sont toutes ces paroles qui nous font apprendre. Quoiqu’il arrive le plus important, c’est de ne pas douter de soi, c’est d’être sûr de ses qualités, bien écouter ses éducateurs et travailler dur au quotidien. Il faut se fixer des objectifs d’abord à court terme puis à long terme et c’est comme ça que l’on finit par y arriver et c’est sûr que mentalement il faut être prêt.


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