Matthias PHAETON :  » La meilleure chose à faire c’est de croire en soi… »

Credits Photos : En Avant Guinguamp

Matthias PHAETON de père guadeloupéen et de mère martiniquaise est né le 8 janvier 2000 à Colombes en région parisienne. Passionné de foot depuis très jeune, il a toujours su qu’il voudrait en faire son métier. Passé par le Racing Club de France et L’AC Boulogne Billancourt, c’est au Stade Brestois que tout commence réellement pour lui à l’âge de 15 ans. Joueur de l’En Avant Guingamp aujourd’hui, nous sommes revenus sur son parcours. 

Matthias, parle-nous de tes débuts avec le Stade Brestois. 

J’ai fait un essai avec le club et j’ai été invité à une détection. Ça s’est bien passé, ils m’ont rapidement fait venir à Brest pour un match avec l’équipe de ma catégorie où j’ai été bon aussi. Ils m’ont proposé un premier contrat de 3 ans le lundi qui a suivi, ça s’est fait naturellement. Il me restait moins d’un mois de compétition avec mon club de Boulogne Billancourt en région parisienne, j’ai fini la saison avec eux. J’ai ensuite intégré le centre de formation du Stade brestois. Ça a été très vite, j’ai découvert le monde professionnel ; les 6 premiers mois, j’ai tout explosé. L’année d’après j’ai signé un nouveau contrat un peu plus important. J’ai été appelé en équipe de France de jeunes, j’étais surclassé et ça s’est très bien passé jusqu’à la dernière année. J’ai fait une petite bêtise, une erreur de jeunesse avec des amis à moi, on s’est fait exclure du centre. 

Peut-on revenir sur ton renvoi du centre ? Comment as-tu as vécu cette période ? 

C’était une vieille bêtise, je pense que le club a voulu marquer le coup, ils nous ont viré, 4 autres joueurs et moi. Comment j’ai géré ça ? Honnêtement je savais que j’allais rebondir très vite, j’ai eu la chance d’avoir prouvé mes qualités dans les catégories de jeunes. J’étais plus déçu par rapport à l’équipe de France, il y avait des échéances importantes comme la coupe du monde U17 qui arrivaient, mais je savais que j’allais rebondir rapidement. J’ai géré ça en me concentrant sur les essais que je faisais dans différents clubs. J’étais à la Juventus pour un essai 2 semaines après, ça allait vite.

Comment s’est présenté l’EAG après cet épisode à Brest ?  

J’ai été exclu en octobre 2017, Guingamp m’a appelé quelques jours après. Au début, je n’ai pas donné suite, je voulais aller dans un club étranger. J’ai signé à Guingamp en janvier 2018, car j’avais une procédure disciplinaire à passer, j’étais encore sous contrat avec Brest. Ça a mis un peu de temps pour me libérer de mon contrat. Finalement, le 31 janvier 2018, le dernier jour du mercato, je signe à l’EAG. Mais il n’y a pas eu d’a priori par rapport à ce qui s’était passé à Brest. C’était déjà de l’histoire ancienne, c’était une erreur de jeunesse, ça arrive à tout le monde. 

Parlons de tes débuts à l’EAG. 

Les débuts se sont très bien passés, il faut savoir que Guingamp et Brest sont des villes voisines. Je connaissais déjà certains joueurs puisque j’avais l’habitude de jouer contre l’EAG en championnat ou en amical. Je connaissais un peu le club, les infrastructures, ça a été plus facile pour l’adaptation. Dès mon arrivée au club, je signe un contrat professionnel de 5 ans : 2 ans de stagiaire pro et 3 ans en professionnel. Lors de ma première saison en pro (2018), on a fini champion avec la réserve. Ça m’a permis de me mettre en avant pendant la saison et de faire mes premières apparitions avec le groupe pro et de pouvoir faire quelques matchs de Ligue 1.

Pourtant après ce bon début, tu es prêté au FC BASTIA BORGO. Pourquoi ? 

En janvier 2020 je suis prêté à Bastia, c’était un choix de ma part. Le club avait changé de coach à plusieurs reprises et je n’avais pas la confiance de certains de ces coachs. Je ne voulais plus jouer en réserve, je voulais évoluer à un niveau supérieur donc j’ai été prêté 6 mois en National. Le club de Bastia m’a apporté tout ce dont j’avais besoin : changer d’air, connaître autre chose. Il y avait tout pour bien travailler un bon environnement, car c’est une belle région et c’est aussi un club familial. J’ai apprécié mon passage là-bas. 

De retour à l’EAG tu parviens à t’imposer. Qu’est-ce qui selon toi t’a permis de te faire une place au sein de l’effectif cette fois-ci ? 

Le coach à l’époque, c’était Patrice LAIR, au début j’étais dans ses plans, mais je n’étais pas pour autant son premier choix. J’ai souhaité me faire prêter tout de suite à nouveau, mais à ce moment-là, le club n’a pas voulu. Ensuite il y a eu un nouveau coach et c’est là où j’ai pu un peu “faire mon trou”. Ça s’est fait tout simplement à l’entraînement, en montrant ce que je savais faire.

On l’a évoqué au début, tu as connu les sélections de jeunes en équipe de France. Après le problème à Brest as-tu eu l’opportunité d’être sélectionné à nouveau ? 

J’ai dû avoir une sélection à Guingamp et ensuite je n’ai plus eu l’opportunité d’être appelé. Plus on grandit et plus les sélections sont réservées aux joueurs qui jouent en pro et au plus haut niveau. Ce sont donc beaucoup de joueurs de Ligue 1 et de l’étranger en tant que joueur de Ligue 2, on n’a pas forcément la même visibilité et les mêmes opportunités que ceux qui jouent au plus haut niveau. Je pense que c’est en partie pour ça que je n’ai plus été sélectionné.

Comment s’est présentée la sélection de Guadeloupe avec qui tu as fait tes débuts en 2012. 

À la base, je devais jouer pour la Martinique (rires),  on m’avait déjà appelé pour jouer avec les jeunes, mais  à cette époque-là ça ne m’intéressait pas encore. On m’avait rappelé aussi pour jouer avec l’équipe première, mais je n’étais toujours pas prêt. Mickaël ALPHONSE m’a parlé de la sélection de Guadeloupe quand on a joué contre Amiens la saison dernière (NDLR : en Ligue 2).  Il m’a dit qu’il y allait avoir les éliminatoires pour le Gold Cup mais je n’étais pas encore intéressé par le projet. J’y ai réfléchi, je me suis penché dessus puis j’ai eu les directeurs techniques de la sélection qui m’ont appelé et je pense que c’était le bon moment. Je pense que si la Martinique m’avait appelé à ce moment-là j’aurais peut-être joué avec eux, mais c’est la Guadeloupe qui est venue donc j’ai foncé.

Ton choix entre la sélection de Martinique et de Guadeloupe s’est ainsi joué à une histoire de timing et d’appel ?

C’est ça, je suis autant martiniquais que guadeloupéen alors les deux sélections sont importantes pour moi. J’allais plus souvent en Martinique qu’en Guadeloupe ces derniers temps. Mais la Guadeloupe m’a appelé et c’est tombé au bon moment, juste avant la compétition alors j’y ai été. Aujourd’hui je suis très content, je suis quelqu’un de très attaché au péyi. Je vais souvent aux Antilles, toute ma famille y est encore aux Trois-Ilets en Martinique ou à Morne-à-l’eau en Guadeloupe. Mais c’est la Guadeloupe qui a raflé la mise (rires).

Comment juges-tu le fonctionnement de la sélection de Guadeloupe ? 

Franchement ça fonctionne bien. C’est sûr qu’il y a toujours des choses à améliorer, mais nous sommes un petit péyi sur la carte et au vu des moyens qu’on a, on s’en sort très bien. Je n’avais pas à me plaindre je savais où j’allais que les moyens et les infrastructures ne seraient pas de tailles des grosses nations. J’étais très content de la façon dont ça a été géré et ça ne peut que s’améliorer.

Qu’as-tu pensé de la Gold Cup ? 

C’était incroyable parce que je ne connaissais pas vraiment, j’en avais un peu entendu parler. Quand tu vas au péyi, les gens en parlent, mais je n’avais jamais réellement regardé. Avant d’y aller je m’y suis intéressé et c’est une compétition incroyable. Je suis très content  de l’avoir faite ça m’a ouvert certaines portes, ça m’a donné énormément d’expérience. J’ai joué des matchs incroyables et je suis très content d’y avoir participé et j’espère qu’on va se qualifier pour la prochaine. 

Suite à cette Gold Cup, tes bonnes performances attirent des clubs en France et à l’étranger. Pourtant, tu as récemment prolongé ton contrat avec l’EAG, pourquoi ce choix ? 

Après la Gold Cup, j’ai eu quelques sollicitations, c’est vrai. Il y avait aussi beaucoup de clubs intéressés qui n’avaient pas fait d’offres concrètes. Il y a aussi eu des offres écrites en fin de mercato, ça ne s’est pas fait pour différentes raisons. Par exemple en MLS, je n’ai pas reçu mon visa à temps, au FC Nantes, les deux clubs ne se sont pas entendus. Je voulais partir parce que voir autres choses aurait pu être intéressant pour la suite de ma carrière. C’étaient des opportunités, ça ne voulait pas dire que je voulais absolument quitter l’En Avant Guingamp, c’est pour ça que j’ai finalement prolongé et j’en suis très content. Le club m’a fait confiance, je leur ai rendu cette confiance en signant ma prolongation. Je suis bien ici et j’ai encore quelque temps pour montrer ce que je sais faire.

Est-ce qu’un jour tu avais imaginé que ta carrière aurait pu prendre une autre dimension grâce à la sélection de Guadeloupe ? 

Honnêtement pas vraiment, je ne connaissais pas vraiment la sélection et la Gold Cup. J’y suis allé parce que je voulais voir autre chose. J’avais besoin de connaître un autre football, des ambiances différentes. Ça a été une bonne chose de ma part d’avoir participé à la Gold Cup.

Aujourd’hui tu es un joueur de footballeur professionnel, international guadeloupéen. Ce Matthias là est-il vraiment différent de celui de 2017 ? 

Bien sûr (rires), ça n’a rien à voir. Je pense que ça voudrait dire que je ne suis pas quelqu’un de très intelligent si j’étais encore la même personne qu’en 2017 (rires). J’ai pris en maturité, au niveau des valeurs je n’ai pas changé, je suis toujours le même : je suis entier je n’aime pas l’injustice, je suis à 100% avec les gens que j’aime. Mais bien sûr que j’ai mûri, ma vision de la vie est différente de celle de 2017.

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la fin de saison ? 

Que le club fasse la meilleure saison qui soit parce que le collectif, c’est le plus important. Que je marque le plus de buts et de passes décisives possible et aussi d’éviter les blessures. 

Pour finir, quel serait ton conseil pour un jeune joueur qui souhaite se lancer dans cette aventure pour devenir footballeur professionnel ? 

De croire en lui, au-delà du travail, je pense que c’est la meilleure chose à faire. Aujourd’hui dans le football, c’est très compliqué, tu peux tomber sur un coach qui te mettra de côté, ça peut te faire perdre confiance en toi. À partir du moment où tu perds confiance en toi, tu perds tes moyens, ton football. C’est pour cela que je pense que la meilleure chose à faire c’est de croire en soi.



1 Trackback / Pingback

  1. JOCELYN PAUL : “ À chacun de se dire que ce n’est pas fini… ” – Kréyol Diaspower

Laisser un commentaire