JOCELYN PAUL : “ À chacun de se dire que ce n’est pas fini… ”

Jocelyn PAUL est un joueur d’origine guadeloupéenne né en Bretagne. Âgé de 21 ans, il évolue actuellement en National 3 à Lannion FC mais c’est à l’En Avant Guingamp que tout a commencé pour lui il y a quelques années. Si sa formation avait bien débuté dans un des meilleurs clubs breton, son aventure ne s’est finalement pas déroulée comme il l’espérait. Il revient pour nous sur son parcours et sur les différentes étapes qui l’ont conduit à évoluer aujourd’hui dans le monde amateur. Découvrez le portrait d’un jeune joueur plein de détermination qui n’a pas abandonné son objectif premier, devenir footballeur professionnel.

Comment cela se passe actuellement pour toi à Lannion Jocelyn ? 

Je suis arrivé l’année dernière, tout se passait très bien, après il y a eu le covid, comme tous les joueurs, on a été stoppé. Là, cette saison, ça va, ça pourrait être mieux, je joue un match sur deux. Je suis parmi les plus jeunes de mon équipe donc je pense que ça joue au niveau du coach pour me donner du temps de jeu. 

Quels sont les objectifs de Lannion ? 

Au début de la saison, on visait le maintient, car il y a eu de nouveaux joueurs qui sont arrivés au club. Mais on a fait un bon début de saison où on enchainait les victoires. Là, l’objectif, c’est de viser le maintient dans un premier temps et pourquoi pas le haut de tableau. 

Tu as donc commencé ton parcours à Guinguamp. Parle-nous de tes années de formation. 

J’étais en section départementale, c’est pour les joueurs qui ne rentrent pas au pole espoir. C’est en 3ᵉ que Guingamp est venu me chercher. J’ai fait des essais au Stade Brestois, à Nantes, mais j’ai conclu avec l’EAG. Je suis arrivé là-bas, j’ai fait 3 ans en centre de formation. Je suis natif de Quimper, mais il y a quand même deux heures de route jusqu’à Guingamp donc je dormais au centre, je ne rentrais pas chez moi. Quand j’ai signé à Guingamp, j’étais très content, je rentrais dans un monde que je ne connaissais pas, le monde professionnel. La première année, je découvrais le niveau, je devais m’adapter, ça se passait bien. Pareil pour la deuxième année, ça se passait très bien, j’étais parfois capitaine de mon équipe. La dernière année, je fais une bonne préparation, le début de saison se passait bien, mais je suis tombé malade. J’ai perdu un peu de temps sur les autres, ça a été une année compliquée avec le coach. Je m’entrainais, je jouais quelques matchs, mais ce n’était pas une très belle saison. Comme ça ne se passait pas bien, je suis parti faire un essai à l’ESTAC. Ça s’était bien passé, le coach de Troyes voulait me faire signer, mais ça ne s’est pas fait. Je garde un bon souvenir de l’EAG mais si je devais faire un choix, je garderais uniquement les deux premières années.

Comment gère-t-on aussi jeune le fait de voir son rêve s’éloigner ainsi après l’avoir touché du bout des doigts ?

Comme tu dis, c’était une année décisive, tu la finis en tant que jeune et tu passes en senior ensuite. Tu sais à ce moment-là que tu as un cap à passer. Cette année-là, c’était compliqué pour moi, mais j’ai eu la chance d’être entouré. Même si je ne jouais pas tous les matchs, j’ai continué à persévérer. Je m’entrainais pour garder du rythme et je me disais que même si ce n’était pas à l’EAG je pouvais rebondir ailleurs. Mais c’est sûr que ce n’est pas facile, tu te dis que tes trois ans se terminent là et si c’est vraiment ce que tu veux, il ne faut pas lâcher, continuer de bosser. 

Au final, tu passes 3 ans en formation, tu te retrouves sans contrat et sans club à la clé. Qu’aurais-tu aimé savoir à l’avance à ce moment-là ? 

Pour moi, là où il y a un petit problème dans le système de formation, c’est que quand on n’est pas conservé par les clubs, on le sait très tardivement. On le sait à la mi-juin voire fin juin et c’est compliqué de trouver un nouveau projet à ce moment-là. Les clubs ont déjà fait leurs effectifs pour la saison. Moi, quand j’ai appris ça fin juin, je me suis dit que ça allait être compliqué. Je ne connais pas le mental de chacun, mais c’est vrai que quand tu n’es pas reconduit comme ça, tu ne sais pas quoi faire après. Dans ta tête, c’est le vide, tu te dis “M**** c’est fini” ! À chacun de se dire que ce n’est pas fini, on sait que tout est possible. Tu ne vas pas forcément être professionnel, mais tu vas peut-être jouer à un très bon niveau. Il faut essayer de ne rien lâcher.

Comment rebondis-tu après ça ? 

À ce moment-là, je n’avais pas d’agent, je préférais faire ma route tout seul, j’avais 18 ans, je finissais ma dernière année en U19 National. Je me dirige vers Concarneau qui est un club de National, c’est un bon niveau. J’ai fait une grosse année, je m’entraînais avec la première. Ça se passait bien, le coach de la National était content de moi. Je me disais que la saison d’après, j’allais reprendre avec la National, mais le coach a été renvoyé du club. À la reprise, le nouveau coach a décidé que tous les jeunes allaient reprendre avec la réserve. Je m’entrainais déjà avec l’équipe réserve et il n’était pas question pour moi de reprendre avec la réserve. On n’avait pas la même vision. Il y a eu une succession de choses qui n’étaient pas en ma faveur. C’était très bien où j’étais, mais je n’ai pas eu cette chance de poursuivre. Je suis donc parti en National 3 à Lannion pour prendre du temps de jeu, car il n’y a que comme ça que tu évolues. Je m’entrainais seulement en National, je ne jouais pas, je n’avais pas de temps de jeu à ce niveau-là. Je connaissais le niveau de la N3 alors j’ai préféré y aller, rendre du temps de jeu, enchainer les matchs et espérer retrouver le plus haut niveau par la suite. 

Comment te-sens actuellement par rapport à ton projet ? 

J’ai été approché par une agence, ils sont là pour m’accompagner. Là je suis à Lannion, mais je sais que je peux aller au-dessus. Je ne joue pas tous les matchs, je me retrouve vraiment dans le monde amateur pour la première fois. J’ai envie de retrouver le monde pro et évoluer. Je joue tous les matchs qu’ils me permettent de jouer, je prends le temps de jeu en espérant pouvoir progresser. J’ai 21 ans donc d’un côté, je sais que j’ai le temps, mais de l’autre côté, je sais qu’il ne faut pas non plus le gaspiller.

T’es-tu fixé une limite pour atteindre cet objectif ? 

Oui j’ai une limite, car je joue au foot, mais je travaille à côté. Je me dis qu’il faut un plan B je ne peux pas que penser à ça. Le foot est très présent dans ma tête, mais je dois faire attention, à un moment, il va falloir se poser la question. Si à 24 ans je suis toujours au même niveau je vais me dire qu’il faut faire quelque chose de plus sérieux plutôt que d’attendre que quelqu’un vienne me chercher. Il faut quand même prévoir un plan B parce que le foot ça ne dure qu’un temps. 

Un autre de tes objectifs est la sélection de Guadeloupe. Tu es né en Bretagne, comment en as-tu entendu parler ? 

Je me suis toujours intéressé à la Guadeloupe, j’ai discuté avec pas mal d’amis qui sont footballeurs et originaires de Guadeloupe comme Matthias PHAETON et j’ai vu qu’il a fait la Gold Cup. J’ai trouvé ça très bien, on en a discuté et ça s’est fait comme ça, il m’a demandé pourquoi je n’y avais pas pensé. Je lui ai dit que je ne savais même pas que je pouvais y aller à la base, mais il m’a confirmé que je pouvais y prétendre. Il y a bientôt un rassemblement, fin mars, j’ai eu des contacts donc je vais voir s’ils vont m’appeler. Ça me plairait d’y aller parce que je représente quelque chose, ça peut être une sorte d’accomplissement pour moi. Je ne suis peut-être pas pro, mais je représente mon pays donc c’est reconnaitre mes qualités. 

Pour finir, quel serait ton conseil pour un jeune qui souhaite se lancer dans cette aventure ? 

Je lui dirais qu’il faut savoir ce qu’il veut, d’être sûr de ce qu’il attend. Le foot, c’est une passion, mais c’est dur. Il ne faut surtout jamais rien lâcher et croire en ce qu’on désire. Avoir un bon entourage, c’est un bon appui et bien sûr, il faut travailler ! 


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