STEEVE ELANA : “Dans le foot, il faut vraiment avoir une abnégation hors du commun… ”

Steeve Elana est un footballeur professionnel âgé de 40 ans. S’il est né en banlieue parisienne, il est d’origine martiniquaise et y a vécu quelques années durant son enfance. Formé à l’Olympique de Marseille, il a fait les beaux jours de plusieurs grands clubs de l’élite du football français. Aujourd’hui, c’est dans le sud de la France qu’il a de nouveau posé ses valises pour jouer au foot, mais aussi préparer sa vie après le football avec Z.E Football Academy.

Steeve, parmi les clubs que tu as connus, quel serait ton top 3 et pourquoi ?

Alors un top 3 ce n’est pas évident du tout ! En première position, je mets mon passage à  Brest (2005 à 2012). Je ne dirais pas que c’est l’endroit où je me suis revelé mais c’est celui où je me suis senti le mieux. Je me sentais comme chez moi, je me suis approprié la vie bretonne et brestoise. En plus, avec les coéquipiers que j’ai eus là-bas, on a vraiment vécu des moments inoubliables. Pour tout ce qui concerne ma vie sur le plan sportif ou humain, ça a vraiment été ma plus belle expérience. En deuxième position je vais dire le LOSC parce que dans ce club j’ai pu découvrir la ligue des champions. Ça a été quelque chose de grand pour moi. J’y ai côtoyé beaucoup d’internationaux, des joueurs extraordinaires, donc je retiens aussi celle-là En troisième position, j’ai envie de dire l’OM. Je n’y ai pas vécu de grands moments en tant que pro, j’étais stagiaire à l’époque, mais c’est là que j’ai appris mon métier. J’ai côtoyé de très grands joueurs quand j’étais très jeune et j’ai pu voir les difficultés du métier. Il y avait beaucoup de difficultés à l’époque. J’ai pu voir la pression qu’il y avait sur les épaules des joueurs pros. Un jour, William Gallas m’a dit : “avec tout ce que tu as vu, tu es armé pour la suite, tu as vu des choses qui vont te servir toute ta vie”. 

Un mot sur tes autres expériences sportives ?

Ce top 3 n’enlève rien aux autres clubs qui m’ont tout autant apporté comme CAEN où j’ai connu ma première accession en Ligue 1. Ça ne retire rien non plus à Ajaccio où j’ai passé de très bons moments. Tours, Cholet, Valence qui m’ont accueilli et dans lesquels je me suis senti bien, mais il fallait un top 3 (rires).

Où évolues-tu actuellement ? 

Je suis au FC Martigues, un club situé à côté de Marseille, je reviens un peu dans ma ville d’adoption qu’est Marseille. C’est un club formateur qui a une histoire d’ailleurs, on est sur l’année du centenaire. Le club a quitté le monde pro, il y a quelques années et le projet actuel, c’est de le retrouver le monde ça m’a plu. Quand j’étais jeune et que je jouais contre Martigues, c’était vraiment un club d’élite qui dégageait une forme de sérénité. Ce qui m’a donné envie de venir aussi, c’est l’entraineur, Éric CHELLE. Je l’ai beaucoup croisé en tant que joueur, c’est un jeune entraineur dynamique et qui a une vision du foot qui se rapproche de la mienne. Je me sens épanouie dans ce club.

Quand on est Steeve Elana et qu’on revient dans un club à dimension plus familiale comme Martigues, comment on se sent ? 

Je me fonds dans la masse. Je me dois quand même parfois d’échanger sur mon ressenti même si je n’aime pas trop ça. Je dois parfois transmettre et guider les jeunes joueurs qui sont là et qui ont envie de se rapprocher d’une carrière pro. Je suis très sensible au projet sportif, mais aussi au projet humain. Je suis dans un vestiaire où les joueurs me témoignent beaucoup d’affection et de respect au quotidien par rapport à ma carrière. C’est vraiment un plaisir pour moi de transmettre parce que lorsque j’étais plus jeune, j’étais déjà très sensible à la transmission. J’ai toujours beaucoup échangé avec les anciens et aujourd’hui ça s’inverse, c’est à moi de donner tout ce que je peux. Je pense aussi qu’il faut accepter qu’on ne rajeunit pas. Je suis dans ce rôle depuis le LOSC. Je suis content maintenant quand je vois des joueurs que j’ai côtoyés au LOSC faire des carrières dans des grands clubs. Lorsqu’on échange, on revient sur certaines de nos discussions et sentir qu’ils se souviennent de moi à ce niveau-là, ça me fait plaisir. Ici à Martigues, je reste dans ça, dans la transmission, j’aime beaucoup ce rôle-là. Ma passion pour le foot et mon envie sont intactes, tant que ce sera le cas, je continuerai.

On va rebondir justement sur cette volonté de transmission qui t’habite avec la création de ton académie de football avec Ronald Zubar. Comment est né ce projet ? 

J’ai connu Ronald à Caen, c’est une amitié qui remonte à 2004, soit 17 ans. Il est le parrain de mon fils et moi, je suis le parrain de sa fille. Il est vraiment devenu un ami, un membre élargi de ma famille. Durant ma carrière, j’ai passé des diplômes par rapport à l’organisation et la gestion d’association sportive. Quand j’ai présenté ma soutenance, j’ai fait un projet autour d’une académie que j’imaginais à l’époque en Martinique. Ronald était en lien avec IBS (International Bilingual School of Provence), une école privée qui met en place des classes à horaires aménagés pour les jeunes avec des options sport. Cette école n’avait pas de section football. Il a été sollicité pour en mettre une en place et savait que j’avais ce projet depuis quelques années. Ça arrivait au moment où je retournais dans les Bouches-du-Rhône. Ça a été le moment d’allier nos forces, nos ambitions et nos envies afin de mettre en place quelque chose qui nous ressemble.

Comment fonctionne cette académie ? 

Elle fonctionne en parallèle avec l’école IBS. La tranche d’âge pour l’intégrer, c’est entre 13 ans et 17 ans. S’ils sont plus jeunes on peut mettre en place des coachings mais moins intenses. Elle est ouverte uniquement aux élèves de l’école, pour le moment on fonctionne comme ça. On met aussi en place des stages pendant les vacances scolaires pour pouvoir ouvrir l’académie à tous. Les élèves qui sont dans cette école ont la possibilité de cocher l’option football élite. Ils bénéficient de plages horaires aménagées, d’entrainements quotidiens avec des coachs, un préparateur physique et un nutritionniste. On essaye de les mettre dans les conditions d’un centre de formation pour qu’ils soient déjà prêts s’ils doivent intégrer un club pro. Ils ont un paquetage à l’entrée avec des équipements, un suivi avec un système de GPS qui collecte des données. Cela nous permet de voir comment ils travaillent, de respecter ces données et la direction qu’on veut donner au travail. En même temps on essaye de mettre en place des connexions avec des universités américaines ou certains clubs pour leur permettre d’être détectés et pourquoi pas un jour, de devenir pro. Ceci dit, ce n’est pas l’objectif principal qu’on s’est fixé, on ne leur dit pas de venir pour devenir pro. On leur dit plutôt qu’ils rentrent avec un niveau et qu’on va les faire progresser dans tous les compartiments avec notre expérience et les gens qui nous accompagnent. 

Est-ce qu’on pourra espérer une collaboration avec un club de Martinique ou même avec la Ligue pour voir des jeunes martiniquais participer à un de vos stages ? 

Concrètement, nous sommes très attachés à nos racines antillaises. Ronald en est l’exemple parfait, il a quitté la Guadeloupe pour arriver à Caen en centre de formation. Après lui, beaucoup de choses ont évolué sur la Guadeloupe avec le pole espoir qui a permis de sortir quelques joueurs. On ambitionne bien évidement de faire quelque chose pour les Antilles afin de créer une passerelle, mais ce n’est pas évident. Ce qu’on a créé ici n’est pas facile à mettre en place en Martinique pour des raisons liées à la logistique. Ça avait été un frein à l’époque où j’ai voulu monter mon projet initial. Mais je ne désespère pas de trouver un moyen de mettre une structure en place notamment avec les amis que je me suis fait en sélection avec les Matinino. Certains embrassent désormais des carrières de coach comme Gaël GERMANY par exemple. J’aurais aimé profiter de mes connaissances et  de l’aide de ceux qui ont cette envie de faire avancer le football martiniquais. J’ai envie de dire affaire à suivre… C’est vraiment une idée que je n’abandonne pas, mais il y a des aspects que je n’avais pas mesurés à leur juste valeur. Je me suis rendu compte que c’était bien plus difficile que ce que je ne pensais. Pour le moment, on a des stages qui vont être proposés et exportés sur les Antilles dès que la situation sanitaire le permettra.

Tu l’as évoqué précédemment, tu as connu la sélection de Martinique. Que gardes-tu comme souvenirs de cette période ? 

Je garde de bons souvenirs avec les joueurs que j’ai fréquentés et notamment les locaux avec qui j’ai passé de très bon moment. J’étais agréablement surpris de l’accueil, les joueurs connaissaient ma carrière, à l’époque, j’étais à Lille. Il y vraiment eu de la simplicité dans nos échanges, j’ai aimé ça, faire des soirées dominos avec eux par exemple. En plus, aux Antilles je n’ai pas beaucoup de cousins de mon âge avec qui rester donc j’ai vraiment apprécié mon passage sur un plan humain. Ça a vraiment été très enrichissant pour moi. Côtoyer des joueurs qui travaillaient, qui posaient des jours pour venir jouer en sélection, c’était une motivation supplémentaire pour moi. D’un point de vue sportif ça n’a pas été évident pour moi, j’ai beaucoup souffert du décalage horaire. Physiquement, je n’ai pas trouvé les clés pour me sentir bien et en forme sur les matchs, c’est mon premier regret. Le deuxième regret, c’est que sur l’année où j’étais là, on ne s’était pas qualifié pour la Gold Cup.

Pour finir, quel serait ton conseil pour une jeune qui débute dans le football ?

Il faut se fixer une ligne de conduite et trouver un modèle dans le foot afin de s’en inspirer. Aujourd’hui, il y beaucoup de vidéos, de contenus qui aident à s’approprier un modèle de joueur. Ensuite, il faut surtout travailler et que ce travail soit une passion. Toujours croire en soi si on veut vraiment y arriver et se donner les moyens en faisant des choses avec l’envie de bien faire. Pour tout footballeur, c’est compliqué je n’en connais pas beaucoup qui ont eu une destinée tracée mis à part les génies. Même quand c’est compliqué il faut continuer d’y croire parce qu’il y a toujours une ouverture qui peut arriver. On ne sait pas de quoi est fait son destin… Il faut vraiment y croire, prendre du plaisir à aller travailler, à taper dans le ballon. Dans le foot, il faut vraiment avoir une abnégation hors du commun et le petit facteur chance.


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