Les Interviews, Saison 2018-2019

Christophe Lowinsky : « À la fin, il n’y avait rien à la clé… »

 

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C’est au Racing Club de Rivière Pilote que Christophe a fait ses premiers pas dans le monde du foot. Avec la sélection de Martinique, il participera à un tournoi dans l’Hexagone qui lui ouvrera les portes de l’Olympique de Marseille afin de débuter sa formation. Si au début tout semblait aller pour le mieux, Christophe ne signera finalement pas son contrat professionnel avec son club formateur. Quelques années plus tard, il accepte de revenir sur son parcours et ce milieu qu’il ne fréquente plus désormais.

 

Tu as été recruté par l’Olympique de Marseille, comment cela s’est-il passé ?

Je suis arrivé à l’âge de 15 ans à Marseille. J’ai passé 3 ans en formation puis 2 ans en tant que stagiaire pro donc 5 ans en tout à l’OM. Ça a été très vite et en même temps très difficile de laisser sa famille à l’âge de 14 ans. Au début c’était un peu compliqué avec le froid mais après ça a été. Les 3 années de formation ont été assez compliquées même si j’ai vécu beaucoup de belles choses. Je jouais déjà avec les meilleurs joueurs de ma catégorie, j’étais surclassé avec la CFA pendant un moment. La politique du club faisait qu’on ne se mélangeait pas beaucoup aux pros du coup, on se bat. Puis un jour arrive la convocation de Philippe Bergeroo en Equipe de France et là tout bascule. Je me suis fait ma petite place bien comme il faut en Equipe de France, j’étais souvent appelé. Le coach voulait même que je joue avec l’équipe première. Mais le coach de l’OM ne voulait pas, on me faisait venir avec les pros mais sans plus.

À la fin des 5 ans de formation tu ne signes pas de contrat professionnel, pourquoi ?

À la fin de mon contrat de stagiaire pro, ils ne m’ont pas renouvelé, pour quelles raisons je ne sais pas… Jusqu’à présent j’en ai aucune idée. Je devais signer mon contrat professionnel finalement ils ne m’ont pas fait signer. Je n’ai rien compris. Ça a été le cas pour plusieurs joueurs. C’était place aux jeunes joueurs alors que j’avais le sentiment que personne n’était aussi bon que nous dans cette génération. À un moment, le club avait besoin de joueurs mais ils ne m’ont pas rappelé. J’ai parlé avec l’entraîneur, il disait « on ne prend plus les anciens joueurs » alors que le directeur du centre disait au coach de me prendre. C’était la fin de l’histoire avec l’OM, une belle page. J’ai été champion de France, j’ai gagné des tournois, fait de beaux voyages, visité beaucoup d’endroits mais à la fin, il n’y avait rien à la clé.

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Tu débutes alors un parcours pour essayer de garder le contact avec le monde pro. Est-ce que cela a été facile ?

Très difficile, surtout sans agent. J’ai fait des essais un peu partout à Nîmes, en Angleterre. Je devais signer à New Castle finalement je n’ai pas pu. Je suis allé à Bradford City, pareil, je n’ai pas pu signer non plus. Avec tous ces voyages, j’ai contracté une pubalgie aux adducteurs qui m’a empêché de jouer durant 4 ou 5 mois. Je suis quand même revenu, j’ai pu jouer dans une équipe de CFA sur Marseille, l’AS Pennoise. J’ai fait deux ans là-bas.

Tu iras même jusqu’à partir à l’étranger pour tenter ta chance, comment cela a été possible ?

Je suis parti au Paraguay durant cinq mois. J’ai joué dans un club où ça n’a pas marché car nous étions trois français à faire un essai. En plus, on nous a fait jouer avec l’équipe première toute la semaine pour finalement nous faire jouer avec une réserve où les joueurs se connaissaient à peine. Je ne trouvais pas ça normal que le club appelle des jeunes alors qu’ils n’ont pas besoin d’eux. Suite à cela, j’avais déjà dit que je ne voulais plus faire d’essai. Finalement je n’ai pas abandonné, j’ai demandé à faire un essai dans un autre club le plus rapidement possible. J’ai trouvé un club, Resistencia, le coach a bien aimé mon profil, je suis resté avec eux. Mais la Fédération Française de football n’aurait pas reçu ma licence donc ne l’a pas signé pour la renvoyer au Paraguay. Je jouais avec ma carte d’identité et mon passeport, je me déplaçais avec les moyens que j’avais parce que je n’étais pas vraiment payé comme il fallait. Souvent, ce sont mes coéquipiers grâce à leurs primes de match qui me donnaient un peu d’argent vu que le club ne le faisait pas. C’était une expérience assez compliquée mais une belle expérience quand même. J’ai décidé de moi-même de retourner en France par le biais de ma famille parce que j’en avais un peu marre. Je voyais qu’en Martinique c’était le Tour des Yoles, c’était les vacances et moi j’étais en train de me tuer au Paraguay. Je me suis réveillé à 5h du matin pour envoyer un message au coach et lui dire que j’en avais marre de la situation. Je ne pouvais pas vivre dans un club où on me disait que j’allais être payé pour qu’au final, ce ne soit pas le cas. Il fallait que je paye de ma poche l’endroit où j’étais logé alors que ce n’était pas prévu au départ. Il a compris ma situation, je suis parti une semaine plus tard.

Retour donc en France, est-ce que l’envie d’être pro était encore là où tu avais déjà abandonné l’idée ?

Je suis retourné en France, j’étais toujours motivé et déterminé pour intégrer le monde professionnel. Mais c’était très compliqué parce que je n’avais pas d’agent donc je devais en chercher un et chercher un club. Il y a un entraîneur d’un ancien club où j’avais joué avant de partir au Paraguay qui m’a contacté pour venir dans un petit club amateur pour faire la moitié de saison. Je suis allé les aider en Promotion d’Honneur B (District).

Avec du recul, est-que tu as le sentiment d’avoir tout donner pour atteindre ton objectif ?

Oui je pense que si je n’avais pas tout donné je n’aurais pas atteint l’Equipe de France. Je n’aurais pas pu faire quelques apparitions dans le groupe pro. Je suis bien par rapport à ça et je ne regrette rien du tout.

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Tu as aussi joué en équipe de France, qu’est-ce que ça a représenté pour toi ?

C’était un peu un tremplin, un plus pour moi dans mon parcours professionnel. J’étais très content parce que ça m’a appris beaucoup de choses parce que nous à l’OM on évoluait en DH a cette période-là donc en EDF j’ai appris beaucoup parce que je ne jouais qu’avec des joueurs pros. C’était vraiment un plus, ça m’a rapporté beaucoup. L’entraîneur que j’avais Philippe Bergeroo, c’était un pilier parce qu’il me faisait confiance et j’étais le seul à ne pas bouger à mon poste. C’était une récompense par rapport à ce que je faisais à l’OM. J’étais content parce que je ne comprenais pas pourquoi on ne voulait plus me faire jouer à l’OM. Quand ils ont vu que j’étais appelé en EDF, ils ont commencé à me refaire jouer, j’étais même capitaine.

Tu as également connu la sélection de Martinique.

La sélection de Martinique est arrivée après l’équipe de France. J’avais été blessé, j’avais eu une fracture à la cheville, j’ai repris assez rapidement mais la saison en équipe de France était finie. J’étais sur la fin à l’OM, la sélection de Martinique m’a appelé pour jouer avec eux contre la Guadeloupe. Il fallait que j’aie l’autorisation de l’EDF pour savoir si je pouvais jouer. J’ai eu l’autorisation du coach et il m’a dit que si c’est pour avoir du temps de jeu et bien reprendre, d’y aller. J’y ai été et c’était super bien, à cette époque-là on a gagné. Ensuite la sélection préparait la Digicel Cup et ils ne m’ont pas rappelé. Ils ont préféré appeler d’autres joueurs. Je n’étais pas déçu parce j’avais autre chose en tête mon but n’était pas de rejouer tout de suite en sélection de Martinique sauf si on m’appelait c’était plutôt de retrouver un nouveau club. Mais c’était une belle expérience et ça me faisait plaisir de revoir la famille et les amis en Martinique.

Les problèmes ont donc été récurrents tout au long de ton parcours.

Dans tous les clubs où je suis passé, il y avait toujours une excuse, un problème de rémunération ou autre. J’ai l’impression que si tu n’es pas « quelqu’un », si tu ne connais pas quelqu’un, tu n’y arrives pas dans les clubs français. Il n’y a pas que moi qui dit cela, je pense qu’il y a pas mal de monde qui connaît ce genre de situation. J’ai eu un beau début de parcours avec du vécu, j’ai été champion de France deux fois, j’ai été équipe de France… Quand tu te retrouves dans cette situation tu te poses des questions, tu te dis « qu’est ce qui se passe ? Pourquoi les gens réagissent comme ça ». À l’OM, il y a des gens qui ont eu des parcours plus compliqués que moi et qui se retrouvent quand même dans une bonne situation. Je me suis toujours posé des questions sur l’OM parce que à l’époque c’était vraiment bien. Dans certains clubs, les mecs qui étaient dans ma situation signaient des contrats pros d’un ou deux ans et ils partaient ailleurs en prêt. Pour moi ça ne s’est pas passé comme ça.

Où en es-tu aujourd’hui ?

Je n’ai plus de club depuis mai 2018, je ne suis plus à Marseille, je suis à Toulouse. J’ai fait un essai dans un club de PH à Toulouse qui s’est bien passé, le coach voulait que je m’entraîne avec eux mais par rapport à mon travail je ne pouvais pas. J’ai fait un autre essai d’une semaine dans un club qui a plus d’ambition, ça s’est bien passé. Je ne pensais pas avoir le niveau parce que pendant un an je n’ai pas joué au haut niveau. Finalement j’étais bien, il me manquait quelques petites choses, ce qui est normal vu que je n’avais pas fait d’entraînements. Il me fallait quand même un peu plus de temps avec eux pour être prêt mais ils ont préféré prendre un joueur opérationnel de suite. J’ai quand même fait un match amical avec la réserve et on a gagné. Aujourd’hui, je cherche toujours un club, si je trouve, j’irai jouer pour le plaisir mais maintenant je pense à fonder ma famille, il faut avancer.

Quel serait ton conseil pour un jeune qui souhaite se lancer dans cette aventure ?

Alors à un jeune qui veut rentrer dans le monde professionnel, je lui dirais qu’il faut qu’il soit solide, simple et courageux. Il faut aussi qu’il travaille dur pour y arriver car rien ne vient sans travailler.


 

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