Lenny Léonil : « J’avance et je vois le bon côté des choses. »

 

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C’est au sein du CS Case-Pilote et de l’Aiglon du Lamentin que Lenny a appris les bases du football. Originaire de la Martinique, il quittera son île à l’âge de 15 ans pour jouer au football et tenter de décrocher un contrat professionnel. Entente Perrier- Vergèze, FC Fréjus Saint-Raphaël ou encore Istres FC lui ont permis de progresser et d’atteindre le centre de formation du Clermont Foot où il signe un contrat de stagiaire professionnel. Trois années passées au sein de ce club n’auront pas suffi à lui permettre d’obtenir son contrat de footballeur professionnel. C’est à Andrézieux qu’il signe en 2018 pour continuer à travailler et pouvoir rebondir au plus haut niveau. Après avoir discuté de son parcours en coupe de France avec son club, nous avons discuté un peu plus longuement de sa formation.

Lenny, revenons un peu sur ton parcours comment cela a débuté pour toi ?

Les Girondins de Bordeaux sont venus en Martinique pour faire une détection. Suite à cela, j’avais le choix de faire un essai avec eux ou de partir une année dans un club amateur avec l’association d’Éric Sabin « Sportifs de cœur ». J’ai choisi de faire une année là-bas plutôt que la détection avec le FCGB parce que j’avais juste un essai d’une semaine. Je me suis dit « imagine je ne suis pas bon pendant une semaine durant l’essai et que ça se passe mal, je devrais retourner en Martinique. ». Alors qu’avec l’association Sportifs de Cœur, je partais pour une saison avec la chance de jouer chaque weekend. Je suis parti pour aller à Vergèze un club vers Nîmes, j’étais interne au collège. Le weekend on jouait contre des clubs comme Montpellier et Nîmes vu que c’était la région. On voyageait souvent grâce à l’association, on est allé en Angleterre par exemple. Chaque mois on jouait contre un centre de formation. J’avais plus d’opportunités de me faire voir en partant une année que de faire un seul essai au FCGB.

Tu passes ensuite par le centre de formation du Clermont foot où tu resteras trois ans.

J’ai signé pour une saison en U19 Nationaux, les coachs me voulaient à tout prix. Au bout de deux mois, j’intègre la réserve des pros et je m’entraîne toute la saison avec eux. Ça s’est bien passé donc ils m’ont proposé un contrat stagiaire pro de deux ans à la fin de la saison. Je signe parce que le discours du coach de la réserve m’avait plu, selon lui j’aurais eu beaucoup de temps de jeu. Un mois après ma signature, le Clermont Foot officialise l’ouverture de son centre de formation. Le coach de la réserve qui m’a fait signer n’avait pas les diplômes pour être directeur de centre donc il prend les U19 Nat. Un nouveau directeur de centre prend l’équipe réserve, il arrive avec un attaquant qui a deux ou trois ans de plus que moi. Moi j’étais en pleine formation du coup il le faisait jouer à ma place, j’alternais réserve et U19 mais je n’ai pas eu beaucoup de temps de jeu en réserve. L’année suivante, ils n’ont pas gardé l’attaquant du coup je partais pour une bonne saison. Je fais une bonne préparation, un bon début de championnat, tout se passe bien. La coach des pros, Corinne diacre part, elle prend l’Equipe De France Féminine et le coach de la réserve prend les pros. Un nouveau directeur de centre arrive et avec lui ça s’est mal passé, en arrivant il m’a mis sur le banc. Je n’avais pas sa confiance et il me l’a bien fait comprendre. Malgré ça, on fait une bonne deuxième partie de saison, je finis avec 10 buts en réserve. À la fin de la saison, ils me proposent de me maintenir en réserve mais pas de signer pro. J’ai préféré partir et signer en National 2.

Qu’est-ce qui t’a le plus marqué durant ta formation ?

Mes voyages en Corse quand j’étais en U 17 Nationaux avec Istres. Nous sommes allés jouer là-bas, on avait eu des jets de pierre sur le bus, des insultes racistes sur le terrain comme « sale noir ». Un jour, on faisait 0-0 face au dernier du championnat, c’était la première fois qu’ils tenaient un match nul. Dernière action, on me lance en profondeur, le gardien me fauche, ça fait penalty. Je reste au sol et là, le coach adverse vient en courant vers moi sur le terrain et me tient le maillot en me disant « sale noir, lève-toi tu n’as rien ». Ils sont tous venu autour de moi, ils me menaçaient presque. Le coach m‘a sorti et on a marqué le penalty. On a gagné 1-0, en sortant on nous a lancé des peaux de bananes. À la fin du match, le coach adverse est venu dans notre vestiaire et a présenté ses excuses. Il était lui-même le père d’un joueur de football professionnel connu. Il a dit que c’était la première fois qu’il s’emportait comme ça qu’il en était désolé.

Comment se relève-t-on d’une telle agression aussi jeune ?

Sur le coup, ça m’a marqué mais après on appris l’avion, on est rentré. Je ne dis pas que ça a vite été oublié puisque je te le raconte maintenant, c’est resté dans un coin de ma tête. Malgré mon jeune âge, j’ai su faire abstraction, ça ne m’a pas touché personnellement même si c’est grave. Je me sentais au-dessus des paroles car ce ne sont que des paroles qui peuvent être blessantes certes mais ça ne m’a pas touché. Le match d’après, on jouait contre une équipe Corse et j’ai marqué. On va dire que je réponds sur le terrain, c’est mon parcours qui répondra à toutes ces critiques racistes. Ce sera un noir de plus qui réussit si je signe pro.

Quelques années après le début de ton parcours, tu n’as toujours pas signé de contrat pro. Ne regrettes-tu pas tes choix ?

Non je n’ai pas de regrets par rapport à ça, je vois toujours le coté positif des choses. Si j’ai choisi de partir avec l’association « Sportifs de Cœur », c’est que mon instinct me disait de le faire. Peut-être qu’au FCGB ça se serait bien passé ou ça aurait pu aussi mal se passer… J’avance et je vois le bon coté des choses. Jusqu’à maintenant, ça m’a permis de jouer au foot, de trouver des clubs ici, de côtoyer des structures pros, de me former. C’est décevant de ne pas avoir signé mon contrat dans mon club formateur mais je ne dirai pas que c’est une immense déception. Même si je n’ai toujours pas signé, je suis toujours jeune, j’ai à peine 20 ans donc pour moi je ne suis pas en retard sur ma progression. Tous les jeunes de centre de formation de mon âge jouent au même niveau que moi en National 2 avec les réserves des pros. À part les phénomènes qui sont déjà en professionnel et souvent, même s’ils ont signé leur premier contrat, il y en a pleins qui jouent au même niveau que moi. Je ne suis pas en retard pour le contrat pro, j’ai toujours mes chances. Ça va vite surtout à mon poste d’attaquant, il suffit de faire une bonne saison et on atteint le but qui est de devenir pro. Vers 23 ans je vais me poser des questions si je n’ai pas encore signé pro mais je suis confiant, je ne suis pas en retard.

Qu’est ce qu’on peut te souhaiter ?

De bien terminer ma saison et pourquoi pas de signer mon contrat professionnel mais avant tout la santé.

Quel serait ton conseil pour un jeune qui souhaite se lancer dans cette aventure ?

De se donner les moyens de réussir, de mettre toutes les chances de son côté et de foncer. Le plus souvent, ce sont les parents qui freinent leurs enfants car ils ont peur de les faire partir tôt des Antilles. Du coup, ils restent là-bas et c’est ce qui crée des talents gâchés. Il y a pleins de jeunes aux Antilles qui ont le niveau pour entrer en centre de formation dans les clubs pros, c’est dommage. Cela étant, le but c’est de devenir pro, pas seulement d’intégrer un centre de formation mais pour avoir plus de chance de réussir il faut passer par un centre de formation. C’est à ce niveau-là que ça bloque chez les parents. J’ai eu de la chance, ma mère a vite compris cela et elle a tout fait pour que je puisse m’épanouir.


 

 

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