Football & Futsal : Des passionnés au carré !

Crédits Photos : Cyril VALONY – LAC 212

Si vous connaissez NEYMAR, vous avez, forcément, déjà entendu parler de cette discipline :

le futsal – fútbol de salón ou futebol de salão. 

Né dans les années 1930 en Uruguay (à Montevideo), il est pratiqué, comme son nom l’indique, en salle par des équipes de 5 qui s’affrontent pour marquer des buts afin de remporter la victoire. C’est ainsi qu’on pourrait décrire le futsal si on voulait synthétiser. Mais le futsal est en réalité une discipline plus complexe qu’on ne peut réduire à “jouer du football en salle”. Le futsal possède ses propres règles, ses propres terrains, ses propres ballons ect… Bref une discipline à part entière arrivée en France dans les années 70. Au niveau national, elle possède une coupe depuis 1994 et un championnat depuis 2007.

HISTORIQUE DU FUTSAL EN MARTINIQUE

On retrouve les premières traces de futsal, à proprement parlé en Martinique, sur le Campus de Schoelcher avec les championnats universitaires. D’un autre côté se développait alors la pratique du “football en salle”. Il est important de différencier le football en salle, à savoir le fait de jouer au football dans une salle, du Futsal qui est une autre discipline avec ses propres règles. Le football en salle est donc pratiqué à cette époque par les uns et les autres, avec quelques tournois organisés par ci par là en Martinique. 

En 2015, au Lamentin sous la houlette d’un certain Lionel VICTOIRE, se déroulait la première “Futsal Cup”, un tournoi de 3 semaines où plusieurs équipes jouaient au football en salle. Ce tournoi a donné une autre dimension au football en salle en le popularisant auprès du public. Dans le même temps, le destin réunissait Axel DOLIN, Philippe ARMEDE, Djimy MERLINI, Axel GOLD-DALG et quelques autres passionnés de futsal. Ils avaient pour objectif de présenter un projet de championnat de futsal à la Ligue de football de Martinique. Suite à la validation de ce projet, une commission est créée, présidée par Axel GOLD-DAG pour la saison 2016-2017. Elle était composée de représentants des clubs qui souhaitaient participer à cette aventure. Neuf équipes étaient créées et se structuraient au fur et à mesure afin de participer à ce premier championnat de futsal martiniquais. Championnat remporté par le Club Colonial.

En 2018, la compétition prenait une autre dimension en passant de 9 à 15 équipes inscrites.

Toujours en 2018, le regretté Fred MIRAM-MARTHE-ROSE prenait le relai de la présidence de la commission durant une saison en tant qu’élu de la ligue. Cette commission est aujourd’hui présidée par Bruno BONARD.

La Ligue de Football de Martinique a accompagné le développement de cette discipline en mettant l’accent sur la formation de toutes les composantes de la discipline. Des formations d’arbitres avec la venue de la Direction Technique Nationale des Arbitres avec la présence du référent des arbitres de futsal. Il y a également eu une formation des entraineurs avec la venue  de la DTN pour leur permettre de rentrer dans la maitrise de la discipline. 

Un projet de sélection de Martinique de futsal voyait le jour sous l’égide de Philippe ARMEDE, sélectionneur. En décembre 2018, cette sélection connait son premier match officiel lors d’un déplacement sur l’ile sœur où elle affronte la sélection de Guadeloupe. La sélection de Martinique de futsal avait pour ambition de participer aux éliminatoires de la coupe du monde de la CONCACAF. L’objectif n’a pas été atteint en partie à cause de la crise sanitaire qui touche le monde entier depuis 2019. 

Depuis 2016, cette discipline n’a cessé de croitre en Martinique. Elle attire de plus en plus de spectateurs et compte de plus en plus de licenciés. Parmi ces derniers, les doubles-licenciés : ils s’appellent Jordy BORIEL, Romario BARTHELERY, Andy PAULIN, Isaac TRESIDENT, Yorick DESIRE, Xavier LEMUEL, Clyde SAINT-OMER ou Isaias NETO ALVES DOS SANTO pour les plus connus. Ces joueurs ont la particularité d’évoluer dans deux disciplines : le football à 11 et le futsal. 

Deux disciplines qui a priori, demandent beaucoup de travail aux entrainements, de rigueur et de dévouement. De prime abord, il est difficile d’imaginer pouvoir combiner les deux tant sur un plan physique qu’organisationnel. Nous avons donc cherché à comprendre comment ces joueurs arrivent à évoluer dans les deux disciplines. Pour cela, nous avons discuté avec des entraineurs et des joueurs afin de connaitre leur point de vue et la façon dont ils gèrent ces doubles-licenciés. C’est autour de la finale de coupe de Martinique de futsal que nous vous proposons de découvrir ces passionnés au carré. 

DU COTE DES JOUEURS

Pour commencer, nous avons d’abord recueilli les impressions de trois joueurs.

Isaac TRESIDENT qui évolue au Club Colonial, club qui fait partie des meilleures équipes de Martinique. En futsal, il joue à la Relève Lamentinoise, le tenant du titre en coupe de Martinique . Il nous parle de son parcours en Futsal et de la façon dont il vit les émotions dans chaque discipline.

“Ce qui m’a poussé à jouer au futsal ce sont les amis qui étaient auprès de moi, on a tous décidé d’y jouer en plus du foot à 11 et on s’est bien fait plaisir. Avec ces amis, on a décidé de créer un club avec M. ABDOUL : MJC FLOREAL GLADIATEURS. Ça s’est bien passé, on a gagné plusieurs championnats, des coupes de Martinique on a aussi gagné un trophée en Guadeloupe. À titre personnel, j’ai été élu meilleur joueur deux années d’affilée en championnat, meilleur joueur  lors du tournois auquel nous avons participé en Guadeloupe. Je tiens à préciser que tout ça ne se serait jamais passé sans l’effectif que j’avais autour de moi à l’époque. C’était vraiment une équipe avec des joueurs de très grande qualité.

Au niveau des émotions, je ne dirais pas qu’au futsal, c’est exactement la même émotion qu’au foot à 11. Par exemple, quand j’étais au futsal à Floréal, je prenais vraiment beaucoup de plaisir, c’était un groupe d’amis. On venait s’amuser, bien sûr, on venait aussi pour gagner, mais c’était surtout le plaisir d’être ensemble. !

Avec le Club Colonial, c’est aussi un groupe d’amis, mais on a l’impression que c’est un peu plus sérieux que le futsal. On nous demande d’être un peu plus carré au foot. Ça demande plus de rigueur, il y a les enjeux de la sélection ensuite derrière… Mais une chose est sûre, c’est le même kiff partout !”


Romario BARTHELERY est le capitaine du Golden Lion, le champion de Martinique 2021. Il évolue au LAC Futsal, club de Saint-Joseph également. Il disputait ce samedi 29 janvier un match très important face à la Samaritaine en championnat. Le lendemain, il était attendu au hall des sports de Coridon pour disputer la finale de futsal avec le LAC. Il évoque pour nous sa passion, les apports de chacune des disciplines et la façon dont il gère l’enchainement des matchs.

“C’est une passion, je vais jouer avec le LAC parce que j’aime ça. En plus c’est un club de Saint-Joseph donc ce sont des gars que je connais, j’ai l’habitude de faire des « swé » avec eux. J’ai envie qu’ils gagnent un titre dans leur vie de futsal surtout que ce ne sont pas des gars comme nous au foot à 11. Ils n’ont pas l’habitude de jouer des matchs à haute intensité, ils n’ont pas encore gagné de titres non plus. Le futsal permet aux joueurs de foot à 11 de s’améliorer sur certains points comme les déplacements ou certaines combinaisons. Mais je pense que c’est plus l’expérience du foot à 11 qui profite au futsal, c’est beaucoup de mouvements et c’est plus nous qui emmenons l’expérience. C’est vraiment un plaisir pour moi de jouer avec eux, de leur apporter mon expérience et ma volonté de gagner des titres.

Pour enchainer après ce match et jouer la finale de demain je vais faire comme d’habitude pour récupérer, ça veut dire se reposer, pas de folies ce soir, boire de l’eau et aller jouer demain en mode plaisir.”


Pour finir, c’est Andy PAULIN joueur de la Relève Lamentinoise et de l’Aiglon du Lamentin que j’ai rencontré au sortir de la finale de coupe Martinique remportée par son équipe.



DU COTE DES ENTRAINEURS

De l’autre côté, j’ai discuté avec trois coachs de ce statut de doubles-licenciés.

L’Aiglon du Lamentin a plusieurs joueurs qui évoluent au Futsal parmi lesquels : Arnaud HUYGHUES DES ETAGES, Andy PAULIN et Yorick DÉSIRÉ.

Fabrice REUPERNE, le coach lamentinois, nous parle de la gestion de ces joueurs au sein de son effectif.  

“Ce n’est pas évident, mais je laisse les joueurs s’exprimer. Pour l’instant, ils le prennent comme un loisir parce que la plupart des joueurs ont débuté comme ça. Ils étaient avec des amis du quartier, ça leur permettait de jouer ensemble et au final, c’est devenu un championnat avec de matchs de compétition où ils prennent du plaisir aussi. Il est vrai que ces joueurs-là participent à deux compétitions dans le weekend. Souvent ils sont titulaires au foot à 11 le samedi et ils rejouent le dimanche matin. Ils jouent ces deux matchs sur une très courte période de récupération. En plus, ce sont deux surfaces complètement différentes, ce qui fait que parfois on a des joueurs qui se font des petits pépins au futsal. On doit soigner et composer avec au foot à 11. Mais c’est leur plaisir donc personnellement,  je n’y vois pas d’inconvénient. Au Golden Star, j’avais le même cas de figure avec DEGRAS qui était très bon au futsal. On a pris la décision de le laisser jouer et on a bien fait de ne pas le dégouter du futsal, de ne pas lui imposer de choisir, car maintenant il fait du futsal de haut niveau dans l’hexagone.”


Lionel Victoire est lui le coach de la Relève Lamentinoise (futsal), son club est le meilleur club de Martinique et de loin. La Relève Lamentinoise fait figure d’exemple non seulement en termes de résultats sportifs, mais aussi en termes de gestion de son effectif parmi lesquels on compte des doubles -licenciés. Et si jusqu’à maintenant la notion de “futsal plaisir” était prédominante parmi nos témoignages, le lamentinois tient à montrer qu’il ne s’agit pas là d’une simple passion et que la Relève Lamentinoise a des ambitions très élevées. Il a un avis très tranché sur la gestion des joueurs doubles-licenciés.

“La Relève Lamentinoise fait effectivement partie des clubs fondateurs du championnat et je vais même dire que nous sommes le club précurseur. En 2015 on a organisé la première “Futsal Cup”, tournoi de foot en salle (6×6), ce qui est différent du futsal (5×5). La LFM a constaté la ferveur et l’ampleur naissante autour de cette discipline ainsi que de notre évènement. En 2016, la Ligue de Football de Martinique créait le premier championnat de futsal et le Relève Lamentinoise a voulu y participer. Aujourd’hui la Relève est la plus ancienne équipe de futsal de Martinique. On a eu de très bons résultats dès le départ : on a joué deux demi-finales, on les perd, on fait preuve de malchance, car on n’avait pas nos meilleurs joueurs. D’année en année,  la ligue a souhaité investir et faire les choses dans les règles comme pour les championnats de foot à 11.  À ce moment-là, les clubs de futsal ne prenaient pas vraiment les choses au sérieux parce qu’on était vraiment à la naissance du futsal en Martinique et il n’y avait pas encore une telle ferveur.” 

On a ensuite évoqué la cohabitation entre les deux disciplines : 

Ce sont vraiment deux disciplines différentes gérées par une même ligue. Au début, la cohabitation était très compliquée. Mais en ce qui concerne la Relève Lamentinoise, nous avons moins de difficultés, car aujourd’hui, nous sommes un club qui fait comprendre aux joueurs que nous sommes autant important que le foot à 11. On prend soin de ces joueurs, on a des dossiers de suivi sur eux, si l’un d’entre eux rencontre des difficultés au niveau professionnel, nous essayons de l’accompagner à la recherche d’un emploi. Aujourd’hui la Relève veut prendre une grande dimension et pour cela nous sommes obligés de composer avec les joueurs qui ont cette double licence. Je prends le cas d’Isaac TRESIDENT et de Jeffson CHARLES qui jouent chez nous et au Club Colonial. Il m’arrive d’appeler Jean-Marc CIVAULT (NDLR: coach du Club Colonial) pour lui demander son avis sur la semaine d’entrainement de ces joueurs-là par exemple. Je crois que quand j’entends cette problématique-là où les spécialistes du foot nous disent que ce n’est pas compatible j’ai envie de dire que c’est faux. Au Brésil tu as 4 ans de futsal obligatoire avant d’avoir une licence de foot à 11 donc c’est compatible. Neymar est passé par là. Mais en Martinique nous sommes souvent dans la guéguerre, on dit ce “joueur-là m’appartient” ect… Moi, je ne veux pas rentrer dans ça, je dis qu’un joueur double-licencié chez moi doit absolument s’imprégner de l’ADN du club, mais aussi du projet de la Relève Lamentinoise. C’est un projet qu’on a construit sur 5-6 ans, on a des partenariats à signer… Et si la cohabitation n’est pas possible, soit on rentre dans une négociation avec l’entraineur ou sinon le joueur va devoir faire un choix. Je ne veux pas aujourd’hui qu’un joueur me dise que son club de foot à 11 est plus important que la Relève. Ce sont des clubs différents qui prônent des valeurs, qui jouent le haut niveau. J’essaye de faire comprendre aux spécialistes du football que le futsal est compatible et qu’on peut trouver un arrangement.”

On gère nos joueurs, on travaille avec un masseur, on a des préparateurs physiques, on est un club structuré. Nous sommes obligés d’être dans la gestion sur la saison, mais par exemple sur une finale comme samedi, je ne peux pas être dans la gestion avec les joueurs qui évolueront dans les deux disciplines. 

On investit, on est dans un cadre sportif, on a des ambitions, et qui dit ambition inclut le fait de faire jouer les meilleurs joueurs. L’objectif est de gagner une deuxième finale de suite pour la Relève Lamentinoise. 

Pour finir, nous avons évoqué l’état de forme de la Relève Lamentinoise, une équipe qui domine de la tête au pied le championnat de futsal martiniquais :

On a eu un retard à l’allumage, on devait jouer les quarts de finale de coupe de Martinique en décembre, mais il y a eu beaucoup de membre de notre équipe, dont moi, qui ont eu le covid. Ça a retardé le début du championnat. Le comité a pris les mesures nécessaires pour que nous soyons à l’aise au niveau du protocole sanitaire. 

Nous avons repris ce mois-ci, on joue actuellement un final 8, pour désigner le champion de la saison dernière. La finale aura lieu le weekend du 5 février. Il y a aussi la finale de coupe de Martinique (NDLR : remportée ce samedi 29 janvier par les lamentinois). Nous sommes favoris sur les deux finales, mais il faudra faire attention. Nous sommes euphoriques il faut l’avouer et nous avons en même temps peut-être peur de la défaite, car on ne l’a plus connue depuis 3 ans. Depuis 3 ans, nous sommes largement au-dessus, on n’a pas perdu dans un championnat de 16 équipes. On a joué 17 matchs et obtenu 17 victoires l’année dernière, nous sommes tenant du titre de la coupe de Martinique. « 


Le dernier coach avec lequel nous avons discuté est Jérémy LUDON, il entraine le LAC. Il est le seul coach à entrainer un club de R1 et de Futsal à la fois. Son avis sur la gestion de ces joueurs est donc très intéressant pour nous permettre d’analyser la question de la cohabitation entre les deux disciplines.



DES PASSIONNÉS AU CARRE

La dimension “passion” du futsal, semble être omniprésente chez les doubles-licenciés que nous avons rencontrés. C’est d’abord un sport qui se pratique entre amis et qui par la force des choses, est devenu une compétition. Cette discipline est un moyen d’expression supplémentaire pour les plus “chyen-boul” de chez nous. Elle possède de nombreux avantages comme le fait de développer l’intelligence de jeu, d’affiner la technique, d’améliorer les déplacements et bien plus encore. Cependant, l’essor du futsal semble aller de pair avec l’apport des joueurs doublement licenciés. Les clubs comptent beaucoup sur ces joueurs pour porter leurs équipes même si comme pour tout sport collectif, l’équipe prime toujours sur les individualités. Les inconvénients eux sont tout aussi nombreux : les blessures, le manque de récupération, la présence aux entrainements… Il est donc primordial pour ces passionnés de trouver un équilibre entre les deux disciplines.

Si au début de la pratique du futsal le consensus paraissait plus compliqué à atteindre, il semblerait qu’on se dirige actuellement vers une entente entre les deux disciplines pour permettre à ces joueurs de vivre leurs passions et que chaque équipe puisse profiter de ses meilleurs éléments au moment opportun.


Crédits photos : Cyril VALONY – LAC 212

Merci à Axel GOLD-DALG pour ses informations.

Merci aux entraineurs et aux joueur pour l’accueil réservé à cette démarche.

Merci à la #TeamKréyol pour les infos.

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